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Festival Castell de Peralada

Danza Ballet

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Serge Lifar ou la révolution de la danse


3 abril, 2018
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“N’importe quelle ­concierge à Paris, si on lui parlait de Serge Lifar, savait qui il était”, s’exclame Claude Bessy, directrice de l’école de danse de l’Opéra national de Paris de 1972 à 2004, en évoquant les années 1930-1940. “Lifar était un dieu”, ajoute Cyril Atanassoff, étoile de l’Opéra de Paris. Star, ­légende oubliée, personnalité ­exceptionnelle par sa créativité, les compliments pleuvent sur le danseur et chorégraphe Serge Lifar (1905-1986), figure majeure de la scène artistique, rénovateur de la danse classique, dont le parcours bouillonne.

Serge Lifar ou la révolution de la danse, de Florent Durth et Ivan Kuzmin (Fr., 2017, 55 min).

En zone d’ombre, les années de guerre, où il fut accusé de collaboration. Autant dire que le phénomène Lifar, parfaitement détaillé par nombre de spécialistes dans ce documentaire à suspense cosigné par Florent Durth et Ivan Kuzmin, mérite une analyse fine. Rien que l’adolescence de ce fils de bonne famille russe qui se rêvait une carrière de pianiste donnerait du grain à moudre à une saga. Lifar, dont le grand-père fut arrêté par la police secrète pendant la révolution et la grand-mère brûlée vive dans sa maison soumise à un pillage, sauta du navire qui l’emmenait en Pologne pour aller poursuivre le combat révolutionnaire. Le bateau fut bombardé et Lifar, déserteur chanceux, resta en vie.

Il a 16 ans lorsqu’il découvre la danse au cours de Bronislava ­Nijinska, à Kiev. D’abord refusé comme élève, il trouve un stratagème. Nijinska est obligée par les autorités soviétiques de donner des cours à tous : Lifar endosse son uniforme de l’armée rouge et le voilà à la barre. Et ainsi de suite, la jeunesse de Lifar compile les anecdotes les plus rocambolesques, traçant la route d’un homme qui a su inventer sa vie sans reculer devant rien. Deux ans plus tard, à 18 ans, il intègre la fameuse compagnie des Ballets russes, dirigée par Serge Diaghilev, qui fait un ­tabac à Paris dans les années 1920. Il se fait remarquer dans le ballet Jeux (1913), de Nijinski, sur une musique de Debussy. Beauté, énergie athlétique, la touche Lifar magnétise.

Chronologique sans lourdeur

Vite, il se fait connaître et devient danseur et maître de ballet à l’Opéra de Paris en 1930. Il a 25 ans. D’emblée, il intensifie la présence de la danse peu programmée à l’époque en instituant des soirées entières consacrées au ballet. Il crée aussi des pièces au style incisif comme Icare, en 1935. “Il en a fait lui-même la musique, précise le chorégraphe Charles Jude, directeur du Ballet de Bordeaux. Il ­tapait les rythmes et les a donnés à Honegger pour les mettre en musique et tout a été fait ensuite avec des percussions.”

La période de la seconde guerre mondiale est longuement auscultée dans le film. Selon Mario Bois, éditeur musical, “Lifar est resté à l’Opéra pour sauver l’Opéra. ” Il y reçoit Goebbels, accueillera le public des hauts dignitaires allemands présents à Paris et rencontrera Hitler à Berlin. En 1944, à la suite d’un procès, il est exclu de l’Opéra et des théâtres d’Etat en France. Jusqu’en mai 1945, où un mouvement des danseurs contre les machinistes fait revenir Lifar dans l’institution parisienne. Jusqu’au bout de sa vie, Lifar surprend par sa passion féroce, inentamée pour la danse et la création.

Chronologique sans lourdeur, le film, nourri en images d’archives, télescope les informations historiques, les anecdotes artistiques et intimes, en invitant des personnalités françaises et russes à brosser ce portrait à facettes, passionnant de bout en bout.

videos  Serge Lifar ou la révolution de la danse
Serge Lifar lors d’une répétition a l’Opéra de Paris dans les années 1930. Fondation Serge Lifar.


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