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Le Ballet de Cuba sous la dictature


23 abril, 2013
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Par Ariane Bavelier

Lefigaro.fr

D’avantage de liberté financière et artistique. Sur cette revendication, à la mi-mars, sept danseurs du Ballet national de Cuba âgés d’à peine 20 ans ont faussé compagnie à leur troupe venue se produire au Mexique. L’un a demandé l’asile politique au Mexique, les autres ont franchi la frontière en bus pour se rendre aux États-Unis. Pour ne pas mettre dans l’embarras le reste de la compagnie, ils ont attendu que les représentations de Giselle soient terminées.

Car si les solistes comme Alihaydée Carreno, étoile en République dominicaine, Lorna et Lorena Feijoo, étoiles à Boston et à San Francisco, Carlos Acosta, étoile à Londres, Xiomara Reyes, étoile à New York, partent généralement avec un contrat à l’étranger et l’aval des autorités cubaines, si l’exceptionnelle Loipa Araujo est devenue directrice adjointe de l’English National Ballet, les danseurs du corps de ballet ne jouissent pas de ce privilège. Cinq sont restés au Canada en 2011, trois en 2007. La réforme du 14 janvier dernier sur le droit d’émigrer ne semble pas rendre le départ plus facile.

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Le Ballet de Cuba sous la dictature. Culture. Par Ariane Bavelier. Publié le 23/04/2013 à 07:00. Le Figaro

«Le nombre d’artistes issus du monde de la danse cubaine dépasse les 180 et n’arrête pas d’augmenter. Si l’on y ajoute les professionnels du même secteur, les chorégraphes, les décorateurs et les techniciens, ils sont plus de 300», a compté une ancienne danseuse cubaine, maître de ballet à Atlanta. Les six passés aux États-Unis ont trouvé un asile provisoire au Ballet classique cubain de Miami, dirigé par Pedro Pablo Pena, lui-même exilé cubain. Ils prennent la classe, reçoivent des conseils. L’un d’eux, Luis Victor Gonzales, 23 ans, vient d’être engagé par la troupe du ballet de Saratoga. Le milieu du ballet se serre les coudes pour que, malgré la crise, ces jeunes candidats à l’eldorado trouvent d’autres danses que celles du garçon de café. Ce qui semble pour l’instant plutôt fonctionner: «Je remercie Dieu d’être né dans un pays qui a une des meilleures écoles de danse du monde», dit Josué Justiz, 20 ans, l’un des transfuges de la mi-mars.

Un régime totalitaire

Si toute compagnie de ballet ressemble plus ou moins à une dictature, celle-ci en est devenue la caricature. À sa tête, Alicia Alonso, 93 ans, aveugle depuis une soixantaine d’années. Ballerine cubaine, sacrée étoile à New York et adulée dans le monde, décrite par Antony Tudor comme «une furie de la tragédie antique», elle a longtemps bataillé pour implanter une compagnie dans son île, aidée par son mari Fernando. Elle a dansé pour Batista, mais c’est Fidel Castro qui lui a offert une compagnie nationale. Par son excellence, elle serait la vitrine de la révolution des barbudos. Mais qu’espérer sous la houlette de celle qui, à 93 ans, se considère toujours comme la meilleure danseuse du monde? À condition qu’elle les soutienne, les frères Castro ont toujours laissé Alicia seul maître en son royaume. «Elle y applique les règles d’un régime totalitaire: elle ne permet pas que quelqu’un dépasse du lot. Gare au danseur qui commence à être trop bon ou trop aimé du public ou des médias: elle ne le distribue plus, lui interdit les grands rôles», raconte Isis Wirth, naguère dramaturge du ballet, et aujourd’hui exilée en Suisse. Dans son livre, La Ballerine et El Comandante, elle retrace les compromissions, les coups de génie et les ravages de l’incurable mégalomanie d’Alicia Alonso.

Tandis qu’à l’étranger les aficionados s’inquiètent de savoir si le ballet, vitrine coûteuse, survivra à la chute du régime castriste, Carlos Acosta fourbit ses armes pour remplacer Alicia sur son trône. Surnommé «le Missile», il brille au Royal Ballet et avec la même pugnacité qu’Alicia Alonso luttant contre la cécité, il s’est hissé au sommet et s’est introduit dans l’entourage de Raul Castro, a fait venir le Royal Ballet en 2009 à Cuba, alors qu’aucune compagnie internationale n’y était venue depuis 1980. En guise de réponse, Alicia a fait venir l’American Ballet Theatre, l’année suivante.

«En 2011, Acosta a reçu l’autorisation de créer une troupe. Alicia a fait savoir que les danseurs engagés se fermaient à tout jamais les portes du Ballet national. Donc, en 2012, Carlos Acosta a fait savoir que Norman Foster allait dessiner les locaux de sa future école de Ballet, remaniant des locaux dessinés par Vittorio Garatti qu’Alicia a fait intervenir pour empêcher la construction», souligne Isis Wirth.

La bataille continue, mais, à 38 ans et en pleine gloire, Carlos Acosta risque tôt ou tard de remporter la mise.

La Ballerine et El Comandante, par Isis Wirth, François Bourin Éditeur.

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Alicia Alonso (ici au Théâtre national de la Havane, en octobre 2012), dirige à l’âge de 93 ans le Ballet national de Cuba. Crédits photo : © Enrique de la Osa / Reuters/REUTERS

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